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4 mois

Plus que quelques semaines

Encore un nouveau Testament

Avez-vous remarqué notre époque verte ? L'environnement occupe de plus en plus d'espace dans les medias, les discussions, notre conscience. Je veux tracer ici un parallèle entre la religion et cette nouvelle mode qui place, de façon similaire, la terre, l'eau et le ciel au-dessus de l'homme. Les deux imposent une morale, jouent sur la culpabilité. La deuxième reprend même les thèmes fort usés du bien et du mal, pour les appliquer à nos gestes quotidiens, dans le but quasi-prophétique de sauver l'humanité du désastre. Jésus reçoit le Nobel de la Paix. L'apocalypse est remplacée par le réchauffement climatique. Pour y échapper, les prières deviennent du recyclage, le repentir la taxe sur le carbone ; nos sacrifices sauveront notre prochain, notre cupidité mènera à sa perte. Ainsi l'individu est de nouveau submergé par une pensée collective. À peine rescapé des siècles ternis par la noirceur théologique, l’homme s’enfonce maintenant dans une nouvelle transe sociale, empreint d'une ferveur climatologique, mais cette fois apparemment soutenue par un fondement scientifique. L'homme n'a-t-il point la capacité d'un destin autonome et individualiste ? Le salut perpétuel réside-t-il à ce point dans un but collectif, une vérité suprême universelle ?

Pour ma part, ça me désole toute cette fièvre sainte anti-pollution. Nous sommes nous tant ennuyés de prier Dieu pour maintenant nous mettre au vert ? Pourrons-nous, un jour, concevoir chacun note propre vérité absolue basée sur un désir individuel ? Il semble que non. La société impose systématiquement une foi. Que ce soit Dieu ou la réduction des émissions de carbone. Auparavant, la Terre était centre de l'univers. Plus rien ne tenait sans elle et l'homme, créature suprême de Dieu, était voué à régner sur le monde. Aujourd'hui, scientifiquement, nous savons qu'il n'en est rien. Mais nous nous élevons de nouveau au sommet de la création, en proclamant la Terre comme référence absolue, en oubliant la possibilité que l'homme ne soit qu'une infime bactérie sur une poussière parmi tant d'autres.

Fus-je né à une époque plus sombre, une cause particulière m’aurait surement rendu idéaliste. Mais en des temps aussi libéraux, quel plaisir plus vaste que de faire de son propre esprit sa première cause.

Vos prières ne vous amèneront pas au paradis. Le paradis est sur Terre, dans votre vie, pour autant que vous l'acceptiez sans culpabilité et sans demi-mesure. Les coups de fouet ne vous purifieront pas. Cessez de tout sacrifier pour une promesse abstraite. Vivez l'instant présent conscient de votre potentiel et pour votre propre amour, cessez de dépendre d'un Dieu, d'une pub, d'un article scientifique ou d'une mode.

Mais bon, toute cette théorie est utopique, non applicable car déjà évoquée à maintes reprises par le passé, chaque fois sans succès devant l’inévitable évolution collective. Tant pis. L’histoire est une suite d’aubes et de crépuscules. Chaque ordre construit éclate à son heure et se désintègre en fragments propices à une réorganisation différente. Et notre époque ne fera pas exception. Jadis, les âges obscurs ont permis d’entrevoir les lumières qui nous éclairent encore aujourd’hui. Mais après ces quelques siècles humanistes, ne voyez-vous pas le soleil, dans sa course effrénée, ralentir et décliner ?

À ce moment, le salut de chacun résidera dans sa propre lanterne.

Quelle soirée


18h30
Il a neigé. Faut que je stationne ma voiture dans un parking privé. Peux pas rester dans la rue et me faire bouffer par la gratte. On part à deux voitures, et je lance:

"Passe me chercher au parking du Youville.. tsé en avant du Soleil!"

Parenthèse urbaine:
Le parking du carré d'Youville et le parking en avant de l'édifice le Soleil sont bien DEUX parkings différents. C'est juste que dans mon cerveau, ils ont fusionné. Je fonce la pédale au fond Léon. Résultat:

18h45
Je poirote les pieds dans la slush sur le bord du boul Charest en face de l'enseigne du Soleil. Pendant que Manon attend en face du carré d'Youville que je sorte du parking.

Je ne sors pas.

Elle appelle sur mon cellulaire. Presque au même moment, je tâte la poche de mon manteau, vide. Loin de là, quelque part entre deux coussins de notre divan, ma sonnerie retentit.

18h55
Une vague sensation m'envahit. Mes pensées intérieures évoluent du refus "ah-c'est-pas-vrai!" à la révolte "fuck-de-fuck-de-shit" puis à l'existentialisme "putain-je-fous-quoi-ici?".

19h10
Nous sommes réunis. Mon char est stationné. Je décidé de fêter le tout avec une tournée à la Montagne Dorée, joyau oriental de Saint-Sauveur, trésor caché sur la rue Montmagny. Là-bas, vos papilles ne s'ennuient jamais! Ils ont des boissons gélatineuses à l'Aloe Vera! Et de magnifiques canettes de soda low sugar au lichis, tellement exotiques que le lichi n’apparaît même pas dans les ingrédients! Mais peu importe, quel nectar pour les yeux :



N'est-ce-pas rafraîchissant? Personnellement j’utiliserais le plastique transparent pour commercialiser des canettes d’eau de source hyper-branchée ultra-class. Slogan suggéré : « L’eau de source Clarins : Et Dieu créa la lumière ». Le clou de la soirée arrive lorsque vous vous rendez-compte que pour la première fois de votre vie, il vous sera donné d'admirer la vue d'une pinouche de canette, mais d'en DESSOUS!!!


Quel buzz..

Le pudding

Aujourd'hui, je marchais tranquillement dans le couloir sous-terrain qui relie deux pavillons lorsqu'un détail inusité attira mon attention. À mi-chemin, sur le sol carrelé, quelqu'un avait échappé un petit pudding brun au chocolat. Seul il gisait là, le contenant ouvert et renversé, les entrailles molles éparpillées tel un foie de porc éclaté. Dans le couloir, personne, pas un bruit. Dans le plus complet silence, entre les murs en béton armé, sur les dalles fraîchement cirées, la scène brillait par son insolence. Le pudding écrapou protestait de toutes ses tripes contre l'immaculée propreté de son tombeau aseptisé, sous la lumière âpre des néons blancs. Le pudding avait quelque chose à me dire.

Moment de recueillement. Quelques minutes auparavant, quelqu'un avait délibérément abandonné la scène sans en avertir le service de l'entretien ménager, probablement un peu incommodé par sa mésaventure mais trop découragé par l'effort d'y remédier selon les normes hygiéniques de l'établissement. Dans sa fuite il l'avait abandonné, victime d'un concours de circonstances malheureux, fardeau absurde d'une vie effrénée. Je savais que ce n'était qu'une question de temps avant qu'un signalement efface sa présence. Le pudding avait atterri exactement vis-à-vis un poste téléphonique interne où il me suffisait de composer le 4141 afin qu'un employé prévu à cette fin soit mandaté pour recueillir et disposer l'aliment désormais impropre à la consommation. Mais je ne le fis pas. Le couloir était toujours désert. Les quelques secondes devinrent une, puis deux minutes. Je restai là un certain temps.

Combien précisément ? Je ne sais pas, mais le temps est difficile à quantifier. Lorsqu'il vous paraît long, il est long, lorsqu'il vous paraît court, il est court, mais de quelle longueur ou de quelle brièveté, personne ne le sait vraiment. En fait, le temps est un mouvement, un mouvement dans l'espace. Il se mesure par le déplacement d'une aiguille ou le cours du soleil. C'est d'ailleurs de la même façon que l'on mesure l'espace, par le temps. Une marche de quelques kilomètres peut prendre une heure à pied, seulement quelques minutes en voiture, ou le temps d'un éclair en pensée! Tout dépend du référentiel. La mesure du temps souffre un handicap; la seconde n'est qu'un instrument abstrait. Les jours peuvent fuir à une vitesse folle ou bien s'écouler péniblement, selon notre état d'esprit. La lecture d'un cadran, le réveil matinal, un rendez-vous ponctuel, ces expériences nous permettent de se synchroniser socialement, nous obligent à modifier le cours momentané de nos occupations pour un instant infiniment court, mais par la suite le temps se déforme de nouveau et chacun reprend son parcours, chaque parcours cadencé à un rythme différent et ce rythme soumis à des soubresauts évolutifs.

Durant toute mon existence, serait-ce uniquement à ce moment précis qu'il me fut donné d'entrevoir, pendant une infime fraction du temps, la nature de l'infini ? Ce fut bref. Je repense à ce pudding et il m'étourdit.

Extrait de "L'Aval" - Le Journal de l'Hôpital Laval

C'est avec toute la simplicite et l'humilité que nous lui connaissons que madame X a touché nos coeurs avec sa conférence intitulée - Petite chronique des bonheurs quotidiens.

"C'est un phénomène universel. Tous, autant que nous sommes, recherchons le bonnheur. Il est même à notre insu le but ultime de notre existence" a déclaré d'entrée de jeu madame X.

Enchaînant sur les éléments qui entrent dans la composition du bonnheur (la richesse, la satisfaction, la spiritualité et l'éveil), elle a invité l'assistance à cultiver ses amitiés comme autant de fleurs précieuses. Comme autre ingrédient du bonheur, madame X nous a parlé de l'éveil, c'est-à-dire du développement de la conscience des choses. "Combien nous ont couté les choses qui ne nous sont jamais arrivées?" Et de poursuivre avec la phrase suivante : "Il y a ceux à qui tout arrive et ceux qui arrivent à tout!".

En toute candeur, elle nous a livré quelques stratégies du bonheur:

- Redevenir enfant;
- Faire un geste de pure bonté par jour;
- S'accorder un moment par jour juste pour soi;
- Accepter que l'impuissance fasse partie de sa vie;
- Cultiver l'humour;
- Célébrer la vie.

Merci à X pour ce savoureux moment de réflexion!

Je vous invite tous à lire entre ces lignes la philosophie d'une vie.

Compte-rendu:
  1. C'est à votre insu que le bonheur est un but ultime. Vous ne le réalisez pas vraiment. Vous avez d'autres objectifs en tête.
  2. Par exemple, la richesse. D'où pourrait en découler une certaine satisfaction. Sinon, vous pouvez toujours prier. En dernier seulement vient l'éveil. Pas avant sinon la richesse et la spiritualité perdent tout leur sens. Chaque chose en son temps. Seule la désillusion est inévitable.
  3. La vie d'adulte est plate. La solution est utopique : redevenir enfant. Vous êtes par conséquent condamnés à une vie de merde.
  4. Il faut volontairement s'appliquer à poser un geste de pure bonté par jour. Pourquoi ? L'altruisme réconforte la conscience. Mais la bonté n'est rédemptrice que si elle est pure, donc sans aucun retour en échange. C'est pourquoi il faut se forcer. Ça ne paye pas vraiment.
  5. S'accorder un moment par jour juste pour soi. Être égoïste ça fait du bien, car se forcer pour penser aux autres, au fond c'est vraiment chiant. Oubliez le conseil précédent.
  6. Accepter l'impuissance. Toute résistance est futile. Laissez-vous submerger par TVA et Canoe. Achetez votre vin à la SAQ au prix fixé par le gouvernement sans protester. Votre lait et votre sirop d'érable aussi. Ils savent ce qui est bon pour vous. Ouvrez grand la bouche et avalez.
  7. Cultiver l'humour. Écoutez CHIK le matin et riez. Puis le retour à la maison avec les humoristes montréalais à 16h. Riez quand les autres rient.
  8. Célébrer la vie. Chaque matin quand le réveil sonne, dirigez vous vers l'abbatoir. Le soir à 16h, ressuscitez! Vous avez quelques heures pour fêter votre renaissance. L'alcool et la drogue deviennent vos amis. Le lendemain matin, le réveil sonnera.

Bonne fin de semaine.