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Pupulle, philosophe du ventre

Pupulle le poulpe marchait insouciant d’un pas léger le long d’un sentier serpentant à travers les collines verdoyantes. Son esprit toujours alerte mais jamais à l’arrêt cogitait sur la composition soigneusement réfléchie, d’autant que fortement anticipée, de son prochain repas. Pupulle parcourait avidement ses options, salivant de l’une à l’autre et s’efforçant dans un exercice futile d’objectivité à comparer les qualités gustatives de chaque aliment selon une échelle de plaisir improvisée. Hélas! Quelle tâche… La raison de plus en plus confuse devant cet énorme éventail de possibilités, le processus s’embourba et l’issue devint de moins en moins évidente jusqu’à susciter une certaine frustration, qui fit place à une triste désolation. Pupulle, las et affamé, arriva devant sa maison, tira la porte, enleva ses huit chaussures et s’affaissa à sa table dans un long soupir affligé.

Perplexe, Pupulle pensa : comment se pouvait-il qu’un simple exercice d’anticipation culinaire ait pu évoluer en une réflexion aussi complexe, tarissant du même coup le plaisir sous-jacent normalement caractéristique de telles divagations. La faim coupée par l’esprit… La réflexion peut-elle ainsi nous égarer ? La raison est-elle condamnée à ternir le plaisir ? L’esprit dictateur gouverne-t-il la chair ? Quelles questions, bien sur que non! Comment pouvait-on concevoir cela? Le corps doit primer, au-delà et devant tout! La philosophie ne se constitue pas contre le corps, malgré lui et sans lui, mais avec lui. Ragaillardi, Pupulle se leva et proclama solennellement :

Que le corps soit « la grande raison » et que toute philosophie soit toujours l’autobiographie et la confession du corps, voilà ma devise!

Ensuite, il savoura son repas avec passion et volupté, heureux d’avoir ainsi rétabli l’équilibre entre deux concepts historiquement opposés et pourtant d’une même nature.

  1. Blogger Vincent Hamel | 13 décembre 2007 à 12:47 |  

    Jolie petite fable! Tu me donnes le gout de me plonger immediatement dans Onfray (http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray) et sa "critique de la raison diététique". Doit-on comprendre qu'il s'agit de ta synthèse de son livre?

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