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Encore un nouveau Testament

Avez-vous remarqué notre époque verte ? L'environnement occupe de plus en plus d'espace dans les medias, les discussions, notre conscience. Je veux tracer ici un parallèle entre la religion et cette nouvelle mode qui place, de façon similaire, la terre, l'eau et le ciel au-dessus de l'homme. Les deux imposent une morale, jouent sur la culpabilité. La deuxième reprend même les thèmes fort usés du bien et du mal, pour les appliquer à nos gestes quotidiens, dans le but quasi-prophétique de sauver l'humanité du désastre. Jésus reçoit le Nobel de la Paix. L'apocalypse est remplacée par le réchauffement climatique. Pour y échapper, les prières deviennent du recyclage, le repentir la taxe sur le carbone ; nos sacrifices sauveront notre prochain, notre cupidité mènera à sa perte. Ainsi l'individu est de nouveau submergé par une pensée collective. À peine rescapé des siècles ternis par la noirceur théologique, l’homme s’enfonce maintenant dans une nouvelle transe sociale, empreint d'une ferveur climatologique, mais cette fois apparemment soutenue par un fondement scientifique. L'homme n'a-t-il point la capacité d'un destin autonome et individualiste ? Le salut perpétuel réside-t-il à ce point dans un but collectif, une vérité suprême universelle ?

Pour ma part, ça me désole toute cette fièvre sainte anti-pollution. Nous sommes nous tant ennuyés de prier Dieu pour maintenant nous mettre au vert ? Pourrons-nous, un jour, concevoir chacun note propre vérité absolue basée sur un désir individuel ? Il semble que non. La société impose systématiquement une foi. Que ce soit Dieu ou la réduction des émissions de carbone. Auparavant, la Terre était centre de l'univers. Plus rien ne tenait sans elle et l'homme, créature suprême de Dieu, était voué à régner sur le monde. Aujourd'hui, scientifiquement, nous savons qu'il n'en est rien. Mais nous nous élevons de nouveau au sommet de la création, en proclamant la Terre comme référence absolue, en oubliant la possibilité que l'homme ne soit qu'une infime bactérie sur une poussière parmi tant d'autres.

Fus-je né à une époque plus sombre, une cause particulière m’aurait surement rendu idéaliste. Mais en des temps aussi libéraux, quel plaisir plus vaste que de faire de son propre esprit sa première cause.

Vos prières ne vous amèneront pas au paradis. Le paradis est sur Terre, dans votre vie, pour autant que vous l'acceptiez sans culpabilité et sans demi-mesure. Les coups de fouet ne vous purifieront pas. Cessez de tout sacrifier pour une promesse abstraite. Vivez l'instant présent conscient de votre potentiel et pour votre propre amour, cessez de dépendre d'un Dieu, d'une pub, d'un article scientifique ou d'une mode.

Mais bon, toute cette théorie est utopique, non applicable car déjà évoquée à maintes reprises par le passé, chaque fois sans succès devant l’inévitable évolution collective. Tant pis. L’histoire est une suite d’aubes et de crépuscules. Chaque ordre construit éclate à son heure et se désintègre en fragments propices à une réorganisation différente. Et notre époque ne fera pas exception. Jadis, les âges obscurs ont permis d’entrevoir les lumières qui nous éclairent encore aujourd’hui. Mais après ces quelques siècles humanistes, ne voyez-vous pas le soleil, dans sa course effrénée, ralentir et décliner ?

À ce moment, le salut de chacun résidera dans sa propre lanterne.

  1. Anonymous Anonyme | 1 décembre 2007 à 15:08 |  

    Bonheur de te lire.
    Bonheur de réfléchir.
    Bonheur d'écrire.
    Continue de partager tes textes, c'est inspirant.

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