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4 mois

Plus que quelques semaines

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(extrait d'une nouvelle)

Il est 8h du matin et le réveil sonne. Je quitte mes rêves à l'arraché et je nage quelque part vers la réalité. J'ouvre les yeux. Je suis dans mon lit. J'aurais aimé être ailleurs. J'ai l'impression que j'aurais pu dormir encore douze heures, même si je ne suis pas fatigué. J'ai simplement une énorme difficulté à ressentir une quelconque motivation à me mouvoir. Dans une heure environ vu de l'extérieur je serai parfaitement fonctionnel. Propre, poli et souriant. D'ici là les étapes qui s'opèreront relèvent d'une transmutation quotidienne aussi complexe que mystérieuse.


La douche est réellement mon réveil matin. Jusqu'à elle je déambule d'un corps lourd et malhabile qui cherche son chemin les yeux fermés. Il paraît qu'en un lieu donné, cinq semaines suffisent au cerveau humain pour enregistrer un nouveau parcours aveugle. J'y suis presque, il me reste une étape. Endormi, je n'arrive jamais à ouvrir la porte de douche et c'est là que ma nuit s'achève réellement. C'est stupide mais lucidité motrice oblige, je me réveille pour de bon afin d'actionner la poignée en plastique et fais glisser le panneau de plexiglas. Après six millions d'années d'évolution, je ne comprends pas pourquoi il est si difficile de dédier quelques unes de mes cent milliards de neurones à cette foutue poignée et automatiser enfin cette étape ridicule. Je devrais peut-être manger plus de gras omega-trois.


Le corps humain me fascine. L'humain dans son ensemble devrais-je dire, son corps n'étant qu'une partie, qu'on délaisse malheureusement au profit de l'esprit de nos jours. Cet esprit capricieux et condescendant qui se nourrit pourtant de la chair, qui ne pourrait assimiler, intégrer et réagir qu'à travers elle. Depuis deux mille ans d'histoire l'esprit chevauche en tyran au dessus d'un corps bridé, coupable et sublimé.


Ce matin je serais resté couché mais je dois aller travailler. La raison dicte, la chair obéit. Pendant un instant je me sens chrétien, ça me dégoûte. La douche est salvatrice. Je respire et sa chaleur m'apaise. De la nuque jusqu'au bas du dos, son jet brûle et me sanctifie. En un frisson ma peau s'hérisse, mon sexe se gorge. Je ferme les yeux et lentement, sous la pluie tropicale, je succombe. L'orgasme détonne et son écho résonne dans mes tempes étourdies. J'ouvre les yeux, je ferme le robinet. Le brouillard se dissipe. Mon corps est propre et béni pour une nouvelle journée. Que le plaisir soit avec moi, au nom de la chair, du vice et de l'interdit, Amen.


* À suivre *

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