Le pudding
Aujourd'hui, je marchais tranquillement dans le couloir sous-terrain qui relie deux pavillons lorsqu'un détail inusité attira mon attention. À mi-chemin, sur le sol carrelé, quelqu'un avait échappé un petit pudding brun au chocolat. Seul il gisait là, le contenant ouvert et renversé, les entrailles molles éparpillées tel un foie de porc éclaté. Dans le couloir, personne, pas un bruit. Dans le plus complet silence, entre les murs en béton armé, sur les dalles fraîchement cirées, la scène brillait par son insolence. Le pudding écrapou protestait de toutes ses tripes contre l'immaculée propreté de son tombeau aseptisé, sous la lumière âpre des néons blancs. Le pudding avait quelque chose à me dire.
Moment de recueillement. Quelques minutes auparavant, quelqu'un avait délibérément abandonné la scène sans en avertir le service de l'entretien ménager, probablement un peu incommodé par sa mésaventure mais trop découragé par l'effort d'y remédier selon les normes hygiéniques de l'établissement. Dans sa fuite il l'avait abandonné, victime d'un concours de circonstances malheureux, fardeau absurde d'une vie effrénée. Je savais que ce n'était qu'une question de temps avant qu'un signalement efface sa présence. Le pudding avait atterri exactement vis-à-vis un poste téléphonique interne où il me suffisait de composer le 4141 afin qu'un employé prévu à cette fin soit mandaté pour recueillir et disposer l'aliment désormais impropre à la consommation. Mais je ne le fis pas. Le couloir était toujours désert. Les quelques secondes devinrent une, puis deux minutes. Je restai là un certain temps.
Combien précisément ? Je ne sais pas, mais le temps est difficile à quantifier. Lorsqu'il vous paraît long, il est long, lorsqu'il vous paraît court, il est court, mais de quelle longueur ou de quelle brièveté, personne ne le sait vraiment. En fait, le temps est un mouvement, un mouvement dans l'espace. Il se mesure par le déplacement d'une aiguille ou le cours du soleil. C'est d'ailleurs de la même façon que l'on mesure l'espace, par le temps. Une marche de quelques kilomètres peut prendre une heure à pied, seulement quelques minutes en voiture, ou le temps d'un éclair en pensée! Tout dépend du référentiel. La mesure du temps souffre un handicap; la seconde n'est qu'un instrument abstrait. Les jours peuvent fuir à une vitesse folle ou bien s'écouler péniblement, selon notre état d'esprit. La lecture d'un cadran, le réveil matinal, un rendez-vous ponctuel, ces expériences nous permettent de se synchroniser socialement, nous obligent à modifier le cours momentané de nos occupations pour un instant infiniment court, mais par la suite le temps se déforme de nouveau et chacun reprend son parcours, chaque parcours cadencé à un rythme différent et ce rythme soumis à des soubresauts évolutifs.
Durant toute mon existence, serait-ce uniquement à ce moment précis qu'il me fut donné d'entrevoir, pendant une infime fraction du temps, la nature de l'infini ? Ce fut bref. Je repense à ce pudding et il m'étourdit.
Moment de recueillement. Quelques minutes auparavant, quelqu'un avait délibérément abandonné la scène sans en avertir le service de l'entretien ménager, probablement un peu incommodé par sa mésaventure mais trop découragé par l'effort d'y remédier selon les normes hygiéniques de l'établissement. Dans sa fuite il l'avait abandonné, victime d'un concours de circonstances malheureux, fardeau absurde d'une vie effrénée. Je savais que ce n'était qu'une question de temps avant qu'un signalement efface sa présence. Le pudding avait atterri exactement vis-à-vis un poste téléphonique interne où il me suffisait de composer le 4141 afin qu'un employé prévu à cette fin soit mandaté pour recueillir et disposer l'aliment désormais impropre à la consommation. Mais je ne le fis pas. Le couloir était toujours désert. Les quelques secondes devinrent une, puis deux minutes. Je restai là un certain temps.
Combien précisément ? Je ne sais pas, mais le temps est difficile à quantifier. Lorsqu'il vous paraît long, il est long, lorsqu'il vous paraît court, il est court, mais de quelle longueur ou de quelle brièveté, personne ne le sait vraiment. En fait, le temps est un mouvement, un mouvement dans l'espace. Il se mesure par le déplacement d'une aiguille ou le cours du soleil. C'est d'ailleurs de la même façon que l'on mesure l'espace, par le temps. Une marche de quelques kilomètres peut prendre une heure à pied, seulement quelques minutes en voiture, ou le temps d'un éclair en pensée! Tout dépend du référentiel. La mesure du temps souffre un handicap; la seconde n'est qu'un instrument abstrait. Les jours peuvent fuir à une vitesse folle ou bien s'écouler péniblement, selon notre état d'esprit. La lecture d'un cadran, le réveil matinal, un rendez-vous ponctuel, ces expériences nous permettent de se synchroniser socialement, nous obligent à modifier le cours momentané de nos occupations pour un instant infiniment court, mais par la suite le temps se déforme de nouveau et chacun reprend son parcours, chaque parcours cadencé à un rythme différent et ce rythme soumis à des soubresauts évolutifs.
Durant toute mon existence, serait-ce uniquement à ce moment précis qu'il me fut donné d'entrevoir, pendant une infime fraction du temps, la nature de l'infini ? Ce fut bref. Je repense à ce pudding et il m'étourdit.
30 grammes d'éternité au chocolat. Succulent, bravo !
Pascal a certainement vécu la même expérience avant d'affirmer :"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie"...
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