La pluie, l'esprit et la réalité
C'est vendredi, c'est gris et il pleut doucement sur le béton du pavillon en construction devant ma fenêtre. Et il vente. Des rafales qui fouettent les arbres et leurs feuilles déjà épuisées par l'automne.
Je lis Hesse, qui écrit sur son enfance. Il s'en dégage une nostalgie rafinée, le souvenir d'une époque intense, tourmentée et heureuse à la fois.
Dans mes oreilles, le kamancheh de Kayhan Kalhor vibre une première fois, avec une élégance grave et puissante. Cet ancêtre perse du violon possède un ton sublime, légèrement rauque et parfois fiévreux, capable de véhiculer une transe propice à la méditation.
Hesse raconte le retour d'un long voyage, les retrouvailles avec le village de sa jeunesse, la maison ancestrale. Le jardin, la musique de sa soeur, les coups pendables de son frère et ses nuits à penser, devant la fenêtre de sa chambre, enivré d'un vent chaud qui caresse les champs et dévale les collines sylvestres, se nourrissant du parfum des fleurs et des fruits murs.
C'est à ce moment précis que Shujaat Khan effleure son oud. Étrangement, la touche perse s'harmonise parfaitement à ma lecture et les mots de Hesse prennent soudain un goût plus riche. Le duo Khalor et Khan improvise une première tentative, au pas lent mais cadencé, s'aventurant chacun paresseusement vers des routes sinueuses et se rejoignant de temps à autre dans un exercice de découverte et d'admiration mutuelle.
Les pages défilent devant mes yeux et mon âme s'abandonne au récit, entraînée par le rythme soutenu du raga, de plus en plus complexe et raffiné. La beauté, le désir, la passion, chaque sentiment que l'auteur a pris soin de coucher sur papier prend naissance devant mes yeux et s'inscrit dans mon coeur. Chaque corde qui vibre éveille mes sens. Mon esprit s'ouvre et j'acquiers l'intime conviction de ressentir avec exactitude la moindre pensée de l'auteur. Gavés par la cadence du rythme qui s'accélère, mes sens se gorgent et tout influx fusionne dans un sentiment général d'harmonie suprême. Jusqu'à ce qu'un frisson me parcourt et me détourne violemment.
Le téléphone..
Merde!
Je ferme le livre, j'enlève mes écouteurs et je réponds. Je me mêle dans mes mots, je déblatère quelques banalités. Un fragment d'absurdité. La réalité.
Quand j'y repense, j'en garde une drôle d'impression. Le sentiment d'un détachement physique presque total accompagné d'une lucidité spirituelle éblouissante. Suivi d'un coït interrompu.
Et puis, en passant, Hesse avait raison.
Je lis Hesse, qui écrit sur son enfance. Il s'en dégage une nostalgie rafinée, le souvenir d'une époque intense, tourmentée et heureuse à la fois.
Dans mes oreilles, le kamancheh de Kayhan Kalhor vibre une première fois, avec une élégance grave et puissante. Cet ancêtre perse du violon possède un ton sublime, légèrement rauque et parfois fiévreux, capable de véhiculer une transe propice à la méditation.
Hesse raconte le retour d'un long voyage, les retrouvailles avec le village de sa jeunesse, la maison ancestrale. Le jardin, la musique de sa soeur, les coups pendables de son frère et ses nuits à penser, devant la fenêtre de sa chambre, enivré d'un vent chaud qui caresse les champs et dévale les collines sylvestres, se nourrissant du parfum des fleurs et des fruits murs.
C'est à ce moment précis que Shujaat Khan effleure son oud. Étrangement, la touche perse s'harmonise parfaitement à ma lecture et les mots de Hesse prennent soudain un goût plus riche. Le duo Khalor et Khan improvise une première tentative, au pas lent mais cadencé, s'aventurant chacun paresseusement vers des routes sinueuses et se rejoignant de temps à autre dans un exercice de découverte et d'admiration mutuelle.
Les pages défilent devant mes yeux et mon âme s'abandonne au récit, entraînée par le rythme soutenu du raga, de plus en plus complexe et raffiné. La beauté, le désir, la passion, chaque sentiment que l'auteur a pris soin de coucher sur papier prend naissance devant mes yeux et s'inscrit dans mon coeur. Chaque corde qui vibre éveille mes sens. Mon esprit s'ouvre et j'acquiers l'intime conviction de ressentir avec exactitude la moindre pensée de l'auteur. Gavés par la cadence du rythme qui s'accélère, mes sens se gorgent et tout influx fusionne dans un sentiment général d'harmonie suprême. Jusqu'à ce qu'un frisson me parcourt et me détourne violemment.
Le téléphone..
Merde!
Je ferme le livre, j'enlève mes écouteurs et je réponds. Je me mêle dans mes mots, je déblatère quelques banalités. Un fragment d'absurdité. La réalité.
Quand j'y repense, j'en garde une drôle d'impression. Le sentiment d'un détachement physique presque total accompagné d'une lucidité spirituelle éblouissante. Suivi d'un coït interrompu.
Et puis, en passant, Hesse avait raison.
La réalité est cette chose qui ne peut en aucun cas nous satisfaire et qui ne peut être implorée ni révérée en aucune circonstance, car elle n'est que le résultat d'un hasard, le déchet de l'existence. Et nous n'avons pas d'autre moyen de changer cette réalité toujours décevante, minable et sinistre, que celui de nier son existence et de lui montrer que nous sommes plus forts qu'elle.
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